Traversée de frontières à La Villette

Le projet culturel du lycée Fragonard a fait le pari d’un PACTE incitant les élèves de trois classes à se décentrer en abordant les cultures non européennes, non actuelles ;à reconsidérer la place de l’humain dans des scénarios de métissages, d’utopies ou de dystopies futuristes, dans de grands écarts entre archaïsmes et devenirs ; à imaginer des interstices créatifs dans ces mondes possibles.

A partir de ces incursions dans les zones frontalières, et à travers l’exercice de pratiques relevant des arts de la scène et de l’espace dont ils ne sont pas familiers, les élèves sont invités à expérimenter des modes créatifs de paroles, de récits, à développer leurs échanges, à ancrer leurs réflexions dans une expérience intime des œuvres, à réinvestir cette expérience dans leurs créations personnelles et collectives.

A la suite de notre partenariat fructueux mené l’an dernier avec La Villette, nous avons formalisé un PACTE avec cette institution autour de trois spectacles qui pouvaient déployer l’axe majeur de notre projet culturel choisi pour sa capacité à fédérer diverses disciplines : les frontières.

Le vendredi 23 novembre, les PL et les TL ont vu le spectacle du Mahabharata de Satoshi Miyagi, après une journée en immersion avec Delphine Jungman pour s’initier à quelques jeux et enjeux de la danse contemporaine.

Lien Internet : https://lavillette.com/programmation/satoshi-miyagi_e20

Image du site de La Villette

 Le jeudi 29 novembre, les PS4 ont été accueillis dans un atelier théâtral animé par la compagnie Vertical Détour de Frédéric Ferrer.

Le mercredi 5 décembre, les PS4 ont visité l’exposition Manga <->Tokyo et participé à une nouvelle rencontre avec la compagnie Vertical Détour avant de voir le spectacle Borderlines Investigation #1de Frédéric Ferrer.

Lien Internet : https://lavillette.com/programmation/frederic-ferrer-cie-vertical-detour_e35

Image du site VIMEO : https://vimeo.com/295763461

 Le vendredi 19 avril, les trois classes verront l’exposition Toutânkhamon, le trésor du pharaon.

Lien Internet : https://lavillette.com/programmation/toutankhamon_e185

Image du site de La Villette

Pendant que les PS4 seront à leur tour en immersion de danse contemporaine avec Delphine Jungman, les élèves des classes littéraires visiteront le parc de La Villette.

En soirée, l’ensemble des élèves verra le spectacle Kreatur de Sasha Waltz.

Lien Internet : https://lavillette.com/programmation/sasha-waltz-guests_e98

Image du site de La Villette

Autant de voyages aux lisières de nos frontières identitaires, autant de transfigurations poétiques de l’entre-deux des mondes historiques, artistiques, scientifiques voire biologiques.

Engagement des projets et premiers retours d’expériences.

Le projet avec les PES4 s’organise autour d’un large travail sur la frontière et les identités (mondialisation et transferts culturels voire acculturation), la frontière et les discontinuités (les murs, l’essor des mobilités, l’effondrement du monde), en jeu dans l’œuvre de Frédéric Ferrer.

A partir de la conférence spectacle de Frédéric Ferrer, ces élèves ont pu s’initier à l’improvisation : imaginer individuellement un propos à partir d’un mot, d’une image ; élaborer collectivement un scénario à partir d’un groupe d’images. Entraînés sur le thème de l’absurde, ils se sont lancés eux-mêmes dans l’invention  d’une démonstration et d’une argumentation.

La visite de l’exposition Manga<-> Tokyo a été l’occasion d’appréhender la notion de transferts culturels et l’histoire du Japon.

Une nouvelle rencontre avec la Compagnie Vertical Détour a permis une large discussion sur le travail de création, sur les métiers des arts scéniques, sur les relations entre acteurs, metteur en scène, régisseurs. Pour finir, le spectacle Borderlines Investigation #1 a provoqué rires aux éclats, surprises et questionnements. Axé sur le développement du monde et les menaces qui pèsent sur sa pérennité, le sujet du spectacle a été traité sous la forme d’une conférence scientifique, argumentant dans l’absurde.

Au lycée, un travail créatif sur les cartes mené parallèlement en Histoire-Géographie et en Arts plastiques est actuellement en cours.

La question des frontières dans le projet destiné aux élèves des classes littéraires se ramifie à partir de jeux de tensions. Sur le fond : entre identité et altérité ; dans les formes de représentations : entre les formes verbales, visuelles et scéniques, corporelles.

Les exercices de danse ont créé de nouvelles relations entre les élèves, favorisant la confiance dans le mouvement du groupe et dans la création collective, à travers des formes telles que le défilé, les jeux de sculpture vivante, de machines créatives.

La représentation du Nalacharitam de Satoshi Miyagi a surpris les élèves par sa scénographie enveloppant le public, la gestuelle des acteurs, le jeu avec les costumes et décors en papier, la séparation des rôles et des espaces entre conteur, acteurs et musiciens. Chacun est reparti ébloui par l’extrême précision mimique et rythmique de l’ensemble.

L’interprétation de cet épisode du Mahabharata par Satoshi Miyagi est orientée par un désir de révéler le processus d’hybridation des cultures, en l’occurrence japonaise et indienne. Son choix de l’épisode du roi Nala, unique moment sans guerre de l’épopée, où l’héroïne Damayanti est l’égale des hommes, est lui-même régi par un désir de donner de la crédibilité à cette utopie, « en mettant l’accent sur l’activité au féminin ». L’artiste puise dans la séparation de la voix, de la musique et des mouvements sur scène, division à la racine commune des spectacles traditionnels extrême-orientaux, aux antipodes du fantasme de l’être humain capable de tout contrôler, permettant de rejoindre par cet archaïsme des préoccupations éthiques et esthétiques intéressant directement notre condition contemporaine.

Les élèves de terminale ont commencé une réalisation collective pour s’approprier des méthodes de travail essayées dans les exercices de danse, développant en vidéo une machine à sculpter inspirée des sculptures grecques dont ils rêvent en attendant leur voyage en Grèce de mars.

La « machine » à La Villette

En hommage au spectacle de Satoshi Miyagi, les élèves de première ont écrit des textes, des poèmes, se sont essayées au Haïku, ont créé de petites vidéos.

Un petit aperçu :

Noémie

 L’éloge du démon Kali

Kali vous salue au plus bas…

Il est pourtant ambitieux,
Comme le pourrait être nombreux,
Mais un démon reste toujours des plus avantageux,
Dans n’importe quel enjeu.

Cependant, le voilà piégé dans une passion inassouvie,
Sûrement de la jalousie,
Mais c’est un sentiment qui lui semble avoir été depuis trop longtemps aboli,
Alors il sourit, afin de ne pas manquer de produire un conflit.

Ainsi, il attend que le Roi lui cède place
Pour que princesse lui face bonne grâce,
Et que celui-ci prête à un comportement vorace,
Juste après que Kali puisse voler sa place.

Constatez de ce fait à quel point le démon est habile,
Une erreur et voilà votre propre personne en exil,

Il murmure aux guerriers de se désarmer,
Comme égale au manque d’humanité,
Puis une remise en question des valeurs de la véritable fierté,
Jusqu’à celles de la vérité.

Mais que c’est un délice que de se procurer les plus précieux biens d’un autre,
Quand ils peuvent devenir votre.

C’est ainsi que Kali vous salue au plus bas… Ou peut-être pas.

Alissa

Photogrammes de la vidéo de Camille

Elodie